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L’innovation dans les pays du projet ESTIME

mardi 25 mars 2008 par rigas
Ce bref article sera publié dans le revue Sciences au Sud (IRD).

L’innovation au secours de la recherche

L’innovation et le développement technologique sont parmi les principaux débouchés (réels ou supposés) de la recherche. Même si ce lien n’est pas aussi direct et linéaire, il n’en reste pas moins que l’innovation est entrée au cœur des politiques de la recherche. L’étudier suppose un changement de perspective : au lieu de focaliser les institutions de recherche il faut examiner de près les entreprises. Le projet ESTIME s’est proposé soit de mener des enquêtes qualitatives auprès des entreprises soit de traiter à nouveau des enquêtes sur l’innovation menées précédemment. Il a aussi établit une cartographie des mesures en faveur de l’innovation.

Un catalogue des politiques favorisant serait trop long, mais il est utile d’en rappeler la diversité. Parmi les formes de soutien des activités de recherche et de développement technologique imaginées dans les huit pays couverts par le projet, citons : les programmes de mise à niveau des entreprises ; la promotion de la R&D dans les entreprises par financements directs, incitatifs ou par crédits d’impôts ; le soutien au capital-risque ; la normalisation, la promotion de « solutions techniques standards », la protection des brevets ; la création et appui à des centres techniques qui servent les besoins technologiques des entreprises et la promotion des plateformes d’expérimentation partagée entre les entreprises et les centres de recherche ; la création d’unités de transferts de technologie (ou de valorisation de la recherche) depuis les universités et les centres de recherche vers les entreprises ; l’appui à la formation technique. Un effort particulier s’est concentré dans tous ces pays (à l’image de la France, de l’Italie et l’Espagne) sur les incubateurs d’entreprises, les technopôles et la promotion de sites de production localisés qui regroupent des industries d’une branche ou d’un secteur particulier.

Pour connaître les effets de ces politiques il faut connaître les entreprises. Or seuls le Maroc et la Tunisie disposent pour le moment d’enquêtes sur l’innovation. Le projet a proposé d’effectuer une analyse statistique permettant d’identifier des types d’entreprises dans ces pays en fonction de leur profil technique. À cet égard, les résultats sont particulièrement intéressants car ils indiquent une forte différentiation des entreprises de l’industrie non pas tant par le secteur, la taille ou la localisation géographique mais par leur mode d’apprentissage technologique.

Certaines entreprises semblent favoriser l’acquisition, l’apprentissage et le transfert de la technologie et de la connaissance entre les différents acteurs du système national d’innovation. Ces entreprises « innovantes » sont néanmoins en nombre insuffisant au regard de l’ensemble du tissu industriel ; elles sont aussi limitées par des contraintes financières et techniques liées à l’insuffisance des ressources internes. Leur choix est souvent (mais pas exclusivement) de s’adresser à des marchés à l’exportation. De plus, les entreprises étrangères ne sont pas nécessairement les plus innovantes ni même celles qui tirent le développement industriel. Par contre, les filiales des plus grandes entreprises étrangères ont un impact certain sur la demande en main-d’œuvre hautement qualifiée.

Ces résultats évoqués ici montrent que l’innovation est une chance pour les systèmes de recherche plus qu’une contrainte : l’innovation est le fruit d’interactions entre un grand nombre d’acteurs économiques. A cet égard, les pays du Maghreb sont dans la voie de création d’un système national d’innovation qui s’est largement formé sans plan préalable. Les travaux qualitatifs montrent des entreprises hésitantes, mais pas nécessairement enclavées dans des marchés trop étroits ou incapables de réforme. Les dernières années ont vu apparaître un large « monde de l’innovation » qui inclut les autorités gestionnaires des politiques de soutien à l’innovation mais aussi un nombre grandissant d’entreprises. Si nous parlons de monde de l’innovation c’est largement du à l’observation de liens et d’interactions entre des acteurs nombreux et variés : les entreprises, les laboratoires académiques, les pouvoirs publics, les financiers, les clients et les utilisateurs.

Au-delà des mesures particulières (souvent mal connues des entreprises), l’innovation semble être liée à une combinaison de facteurs dont la formule reste encore à trouver. Cependant elle est le produit d’un apprentissage technologique des entreprises et donc de l’expérience acquise par les entreprises dans l’adoption, l’adaptation et le développement de technologies. La recherche et la R&D dans les entreprises joue un rôle clé mais pas unique dans ce processus. L’ouverture sur le monde, la complexité de la vie économique, l’apparition d’un monde de l’innovation, sont autant de gages d’une véritable importance donnée à la recherche y compris publique et très fondamentale : l’innovation en quelque sorte semble voler au secours de la recherche.

Rigas Arvanitis
rigas@option-service.fr
rigas.arvanitis@ird.fr

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