La stratégie de Lisbonne revisitée
Un programme d’actions renouvelé
Il ne s’agit pas de réécrire la stratégie qui fut définie à Lisbonne mais de mettre en avant quelques mesures nouvelles (améliorer les infrastructures européennes, développer le marché intérieur, etc...) et de promouvoir un partenariat renforcé à l’échelle de l’Union mais aussi au niveau des Etats Membres qui doivent réaliser les réformes convenues. Globalement, il s’agit de rendre l’Europe plus attirante pour les investisseurs et les salariés, d’accroître et d’améliorer l’investissement dans la recherche et le développement, de faciliter l’éclosion de l’innovation, de généraliser l’utilisation des TIC dans les entreprises etc...Les pouvoirs publics des Etats membres, à tous les niveaux doivent œuvrer pour donner corps à notre vision d’une Société de la Connaissance. Le secteur public et privé doivent donc investir davantage dans la recherche et le développement. Au niveau européen, le prochain programme cadre de recherche ainsi que celui dédié à la compétitivité et à l’innovation doivent être adoptés avec des budgets suffisants. La Commission proposera en outre la création d’un “ Institut Européen de Technologie ”. Elle favorisera la constitution de “ pôles d’innovation ” destinés à aider les acteurs régionaux à réunir les talents du monde scientifique et des affaires. Il faudra aussi stimuler l’éco-innovation qui peut apporter des améliorations considérables à notre qualité de vie ainsi qu’à la croissance et à l’emploi. Les partenariats avec l’industrie seront également favorisés par les initiatives technologiques européennes. Il conviendra encore d’attirer un plus grand nombre de personnes sur le marché du travail, et d’investir plus encore dans le capital humain par l’amélioration de l’éducation et des compétences. L’Europe a également besoin d’une main d’œuvre plus mobile. L’adoption rapide d’un cadre unique pour les qualifications professionnelles s’impose.
Un programme à gouvernance améliorée
Dans le but de clarifier les tâches à accomplir et les responsabilités respectives, la Commission présentera un programme d’actions intégrées. Ces lignes directrices porteront sur les politiques macroéconomiques, l’emploi et les réformes structurelles à mener à bien. Pour s’y conformer, les Etats membres seront censés adopter des programmes d’actions nationaux pour la croissance et l’emploi, étayés par des engagements et des objectifs définis après que soit intervenu un large débat sur le plan national. Pour “ orchestrer ” tout cela, il serait bon que les Etats membres désignent un “ Monsieur ” ou une “ Madame Lisbonne” dans leur administration respective. La présentation des rapports sera également simplifiée, un seul rapport d’avancement étant présenté chaque année à l’échelon de l’Union et au niveau national (auparavant, on constatait une trop grande multiplicité des rapports). Ce nouveau processus permettra au Conseil européen et au Parlement de se concentrer sur les questions politiques essentielles et de donner des orientations pratiques au printemps de chaque année. Le suivi des progrès réalisés en sera facilité et des mesures d’accompagnement pourront être mises en place pour s’assurer que les objectifs définis à Lisbonne puissent être atteints. Ainsi l’objectif poursuivi est de faire travailler les différents acteurs ensemble, de favoriser l’appropriation de ces objectifs par ces derniers, tout en recentrant les efforts sur quelques objectifs prioritaires et visibles. C’est fondamental pour la réussite de la stratégie élaborée à Lisbonne.
Un programme exigeant en termes de conditions de réussite
Il est essentiel que des conditions macroéconomiques favorables prévalent pour soutenir un effort de croissance plus intensif du PIB (Produit Intérieur Brut) et des créations d’emplois en nombre plus important. En particulier, la poursuite de politiques macro-économiques impliquant un équilibre budgétaire sera cruciale. L’ouverture des marchés internationaux et l’important développement des économies en cours d’industrialisation sont censés apporter par le biais des exportations une contribution significative à la croissance et à l’emploi. Il s’agit également de créer des emplois de meilleure qualité. Pour ce faire, le programme comprend des actions dans trois directions :
faire de l’Europe un lieu plus attrayant pour les investisseurs et les salariés ;
investir plus dans la connaissance et l’innovation, facteurs de croissance ;
contribuer à la création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité.
Au niveau de l’Union, la Commission continuera à jouer son rôle central consistant à impulser des politiques, et à veiller à leur application. S’agissant du niveau national, la Commission aura un rôle de soutien par l’octroi d’aides financières et la fixation de repères, tout en aidant à la promotion des bonnes pratiques.
Pour renforcer l’attrait de l’Europe comme lieu d’investissement et de travail, une action sera menée en faveur des PME qui constituent 99% des entreprises en Europe, et qui représentent les deux tiers au moins de l’emploi. En effet, des obstacles trop nombreux empêchent de devenir entrepreneur ou de “ lancer ” sa propre affaire. Par ailleurs, il existe encore trop peu de capital risque disponible pour financer les jeunes entreprises innovantes, et les dispositions fiscales actuelles découragent l’accumulation du capital propre au sein des entreprises. L’achèvement du marché unique, en particulier dans le domaine des services, des professions réglementées, de l’énergie, des transports, des marchés publics et des services financiers reste une autre tâche déterminante à accomplir. A l’heure actuelle, les services représentent 70% de la valeur ajoutée de l’UE. En outre, les Etats membres devraient réduire et réorienter les aides d’Etat pour faire face aux carences du marché dans les secteurs présentant un potentiel de croissance important et pour stimuler l’innovation. Par ailleurs, la conclusion d’un accord ambitieux dans le cadre du cycle de négociations de Doha constitue un autre objectif essentiel à atteindre. L’Europe a en effet besoin de marchés mondiaux ouverts. Les Etats membres doivent encore continuer à améliorer leur réglementation, notamment dans les secteurs tels que les services où la croissance et la productivité sont faibles. Enfin, le marché unique doit s’appuyer sur une infrastructure moderne qui facilite les échanges et la mobilité. Les Etats membres vont devoir, à ce propos, tenir leurs engagements concernant le démarrage des travaux concernant les quarante cinq projets transfrontaliers “ quick start ” relatifs aux transports et à l’énergie.
Dans des économies avancées telles que celle de l’UE, la connaissance, à savoir la recherche & développement, l’innovation et l’éducation sont des moteurs essentiels de la croissance et de la productivité. Cependant, l’Union continue d’investir environ un tiers de moins dans la recherche et le développement que les Etats-Unis. 80% de cet écart est dû au sous-investissement dans la R&D par le secteur privé, notamment en matière de TIC. Galiléo et l’aéronautique sont des domaines où les partenariats public-privé doivent encore être développés. L’UE consacre actuellement 2% de son PIB à la R&D, soit à peine plus qu’en 2000, au moment du lancement de la stratégie de Lisbonne. Il appartient largement aux Etats membres de progresser sur la voie de l’objectif de 3% du PIB à atteindre en 2010. Le septième PCRDT visera à donner une forte impulsion à la compétitivité de nos industries dans des technologies clés, en concentrant et en intensifiant les efforts dans l’ensemble de l’UE, ainsi qu ’en en appuyant les investissements du secteur privé. Il conviendra aussi d’accroître la contribution des universités à la création et à la diffusion des connaissances dans toute l’UE. Dans ce cadre, la Commission s’attachera à savoir comment permettre aux universités européennes de rivaliser avec les autres universités sur le plan international. A l’échelon local et régional, il va également falloir privilégier la création de pôles axés sur l’innovation. A ce niveau, les Etats membres doivent tirer parti des possibilités offertes par les fonds structurels pour soutenir les stratégies d’innovation régionale et les nouveaux “ centres d’excellence ”. Plus généralement, notre capacité d’innovation dépend étroitement d’une augmentation des investissements dans les nouvelles technologies principalement les TIC, qui constituent l’épine dorsale de l’économie de la connaissance. Enfin il existe un certain nombre de défis liés aux ressources et à l’environnement qu’il va falloir relever. Les éco-innovations vont devoir être encouragées dans le domaine des transports et de l’énergie.
Pour garantir la prospérité et réduire les risques d’exclusion sociale, il faut intensifier les efforts visant à développer des emplois de qualité. Ceci est d’autant plus important que les mutations économiques sont rapides et que le vieillissement de la population intervient. Augmenter le taux d’emploi constitue la manière la plus efficace de générer de la croissance et de promouvoir des économies fondées sur l’inclusion sociale. Des mesures sont également nécessaires pour les jeunes dont le taux de chômage structurel reste élevé (cf note CLORA 2005/11). Il faut globalement augmenter le degré d’adaptabilité des personnes au travail pour promouvoir la croissance et l’emploi. Il faut donc investir dans le capital humain, et se former tout au long de la vie pour se préparer à surmonter les mutations structurelles qui ne manqueront pas de survenir. En outre, la Commission présentera des propositions visant à éliminer les obstacles à la mobilité de la main d’oeuvre découlant par exemple des régimes de retraite professionnels. La modernisation et la réforme des systèmes européens d’éducation et de formation sont essentiellement de responsabilités nationales. Cependant, certaines actions clé devront être menées au niveau européen afin de promouvoir et contribuer à ce processus. La Communauté contribuera encore à l’objectif de la création d’emplois à l’aide des fonds structurels qui pourront être utilisés pour financer des investissements en formation, des réseaux d’innovation, la création d’infrastructures, etc...
Conclusion
Le programme “ marché intérieur ” constitue un des bons exemples d’une réforme s’inscrivant dans le cadre du processus de Lisbonne. Selon les auteurs du rapport, la création du marché unique des services devrait déboucher à moyen terme sur une augmentation de 0,6% du PIB et de 0,3% du taux d’emploi par an. L’intégration des marchés financiers pourrait à moyen terme au niveau européen avoir des effets même plus importants...Une augmentation de la part du PIB consacrée à la R&D pour atteindre 3% pourrait avoir pour effet un accroissement de 1,7% du PIB d’ici à 2010. Enfin, une augmentation d’une année du niveau moyen d’éducation de la main d’œuvre pourrait faire progresser le taux de croissance annuel du PIB de 0,3% à 0,5%...La stratégie de Lisbonne consiste donc en un ensemble complet de mesures et de réformes qui devront se renforcer mutuellement...l’objectif poursuivi étant également la création d’au moins six millions d’emplois d’ici à 2010...
La mise en œuvre est le talon d’Achille de la stratégie de Lisbonne, puisqu’elle dépend en grande partie “ du bon vouloir ” des Etats membres, qui vont devoir montrer leur engagement. Au niveau des institutions de l’Europe, la Commission peut impulser des programmes, mais l’essentiel de l’effort va devoir être pris en charge par les Etats membres, qui vont être un peu plus contraints que par le passé “ d’avancer ” du fait d’une gouvernance plus “ resserrée ” impliquant un partage clair des responsabilités, d’objectifs moins nombreux et plus ciblés et de rapports d’évaluation à fournir en beaucoup plus petit nombre. Enfin, il faut noter que le Président Barroso a constitué le premier groupe de travail du Collège des Commissaires sur ce thème (cf note CLORA 2005/8). C’est dire l’importance qu’il accorde à ce sujet, mais l’enjeu semble vraiment fondamental pour notre avenir.
[1] Communication au Conseil Européen de Printemps : “ Travaillons ensemble pour la croissance et l’emploi : un nouvel élan pour la stratégie de Lisbonne ”, Bruxelles le 02/02/2005 (Communication du Président Barroso et du Vice Président Verheugen).

